samedi 1 octobre 2005

Le 14 juin 2008


L’Europe par la preuve


Je vais choquer en exprimant ma part de vérité. Au-delà des circonstances particulières qui ont fait voter « non » à l’Irlande, il me faut dire ce qui n’est pas bien correct aujourd’hui. 

Je suis pour la France sans être favorable à la politique conduite par son Gouvernement. Je suis pour l’Europe, mais pas pour sa gouvernance actuelle. 

Certes, l’Europe fut d’abord conçue pour éradiquer la guerre sur notre continent. Né 4 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, comment pourrais-je ignorer l’élément fondateur de notre Europe ? L’Europe a réalisé de grandes choses et sa direction est, certes, plus difficile à 27 qu’à 6 ou 15. Il fallait y penser en temps utile… Mais on ne peut continuer à traiter de l’Europe à grands coups de fresques historiques ou philosophiques, en échangeant des idées généreuses et en s’éloignant à vue d’œil des réalités vécues par nos concitoyens. 

Charles de Gaulle disait qu’il ne servait à rien de sauter comme un cabri en disant « l’Europe, l’Europe, l’Europe ». Que signifie l’Europe pour nos pêcheurs ou les concessionnaires de marchés alimentaires désormais incapables de se « mettre aux normes » européennes ? Comment peut-on admettre que l’Europe se préoccupe de la façon de faire notre chocolat ou notre fromage ? Comment est-il possible que, parallèlement, nous n’ayons pas su établir des politiques communes dans des domaines aussi importants que, par exemple, ceux des affaires étrangères ou de la défense ? Que fait l’Europe pour traiter une politique sociale protectrice des meilleurs systèmes sociaux et donc s’efforcer progressivement à l’alignement par le haut (et non pas le bas) ? On peut dire la même chose de la fiscalité pour laquelle chaque pays peut, assez largement, établir sa politique. 

Vous avez dit concurrence : celle-ci sera-t-elle « libre et non faussée » ? Ne pourrait-elle pas l’être par une politique sociale, économique, fiscale et environnementale, harmonisée par le haut, et ce par autant d’étapes que nécessaire. Nous en sommes bien loin et cela n’intéresse pas grand monde en haut lieu, et pour cause. 

Aujourd’hui, 60 % des lois françaises sont importées d’Europe au sens où les directives communautaires doivent obligatoirement être transposées par les Etats membres, et ensuite devenir des lois françaises d’origine européenne. Or, les lois européennes ne sont pas faites uniquement par le Parlement européen, mais coproduites par la Commission (dont les membres sont nommés par les gouvernements des Etats membres) et par le Parlement européen. Ni la prétendue Constitution de l’Union européenne, ni le désormais défunt Traité de Lisbonne n’abordaient la séparation des pouvoirs, en ne changeant rien sur ce partage étonnant du pouvoir législatif (au revoir, Montesquieu ! …).

Aujourd’hui, renonçons à l’autisme : l’Europe n’est pas aimée par le peuple, certes pour de bonnes et aussi pour de mauvaises raisons. Mais elle n’est pas aimée par le peuple que nous prétendons représenter prochainement, c’est un fait. 
Il est inutile de tourner autour du pot. L’establishement français, notre bonne société, considère comme des imbéciles ceux qui n’adorent pas l’Europe, notre « vache sacrée ». On a vu le résultat lors du référendum français du 29 mai 2005. Les peuples ne veulent pas être traités comme des imbéciles. Ils attendent des résultats concrets pour leur vie de chaque jour. Aujourd’hui, ils constatent que, selon les cas, l’Europe sert d’alibi (« la France ne peut rien y faire, c’est de la faute de l’Europe », alors que les décisions européennes émanent des Etats membres) ou est utilisée comme un faire valoir à destination de politique intérieure (Nicolas Sarkozy). L’Europe actuelle est perçue comme un recul de la démocratie car les représentants de la population n’ont pratiquement pas de poids sur ses orientations. 

Non, ce n’est pas seulement un problème de communication (ce serait trop facile). C’est d’abord un problème de fond. Le Parti socialiste se devrait de le comprendre. 

En un mot, comme en mille, je demande, moi aussi, l’Europe par la preuve. Non, celle des grandes idées, sans débouchés concrets. 

J’attends l’Europe des avancées politiques, économiques, sociales et environnementales.

J’espère une Europe qui respecte effectivement le principe de subsidiarité en se centrant prioritairement sur les questions de dimension européenne, non en se limitant trop souvent à ce qui relève strictement de l’avenir particulier de chaque pays membre. 

La décentralisation, chère à nos élus locaux, doit aussi avoir un débouché dans le cadre de l’Europe des peuples, chacun avec son histoire, ses particularismes et ses traditions légitimes. La proximité ne vaut pas que pour nos collectivités territoriales. 

Je désire une Europe où le Parlement, dont les membres deviendraient des élus de proximité identifiables, autant que faire se peut (au scrutin uninominal majoritaire ?), seul exercerait le pouvoir législatif. 

Je souhaite une Europe qui repose sur la volonté des populations. 

Est-ce trop demander ? La vraie construction européenne a toujours constitué une œuvre longue et difficile, non un « pilotage à vue de nez ». C’est à cela que devrait œuvrer le groupe PSE du Parlement européen et les quelques gouvernements de gauche de l’Union.

Qui, sans le vouloir évidemment, condamne, de fait, l’Europe si ce n’est, en réalité, les personnes sourdes aux cris du peuple qui attend une amélioration de sa vie quotidienne, non de grands discours creux dont nous sommes si friands, surtout en France, surtout à gauche.

C’est cela l’Europe par la preuve.




Christian RIX


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