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FAIRE DU SOCIALISME
UNE FORCE NEUVE DANS LE SIECLE
Une lucidité radicale
Faire la société plus humaine, c’est la tâche immense des socialistes et de la gauche. Le PS est au service de cet idéal. Et donc ne doit-il pas commencer par lui ressembler un peu ? Qu’est-ce qu’un parti s’il n’est pas déjà, au moins en partie, la métaphore de cette société meilleure à laquelle aspirent les hommes et les femmes qui le composent et pour l’édification de laquelle ils se sont rassemblés ? Qu’est-ce qu’un parti s’il n’est pas déjà bien meilleur que la société qu’il critique et contre laquelle il prétend lutter ? Qu’est-ce qu’un parti, et en quoi est-il exemplaire ce parti, s’il n’est pas plus enthousiaste, plus aventureux, plus audacieux, plus généreux, plus hospitalier aux idées et aux êtres, plus sincère, et, en son sein, plus fraternel que la société qu’il prétend transformer ?
Il ne suffit pas de dire et de répéter à tout bout de champ que les citoyens doivent être respectés. Qui oserait ouvertement prétendre le contraire, même parmi ceux qui ne leur prêtent jamais une oreille et encore moins la parole ? Non, il ne suffit pas de dire cela, ni même de penser cela.
Il faut exiger que les citoyens soient mis dans la confidence politique. Il faut qu’ils aient droit à tout moment à l’information pédagogique indispensable qui seule leur permettra de devenir les analystes compétents, non seulement de leurs propres situations – car de ce sujet, ils le sont déjà – mais aussi des situations nationales et internationales. Qu’ils soient capables de déchiffrer les différentes stratégies, d’en discerner les raisons obscures et inavouables et donc de les déjouer ou, au contraire, d’en apprécier le patient courage et donc de les soutenir.
Or, quel meilleur outil pour accomplir cela qu’un parti, minutieusement, scrupuleusement, précis dans l’expression, et intellectuellement incorruptible dans la recherche de la vérité la plus complexe ou la plus désagréable à découvrir ?
Notre mission première est de garantir à chacun, d’où qu’il vienne, l’émancipation individuelle d’un bout à l’autre de son existence. La vie ne serait qu’une loterie ? Pas pour nous ! Donnons à chacun le pouvoir d’avancer sur le chemin choisi, de rebondir si nécessaire, de participer plus directement aux décisions qui le concernent, de bâtir sa vie. Ce socialisme offensif, radical et pragmatique, procède d’un objectif fondamental : redonner du pouvoir aux citoyens, en leur garantissant l’égalité des possibles.
Un grand parti porteur d’espoir
Nous devons faire du Parti socialiste le grand parti démocratique, populaire et de mobilisation sociale dont la France a besoin. Un parti avec une équipe dirigeante et un leader qui incarnent une espérance, un souffle, une envie de se mettre en mouvement.
Le parti socialiste doit être fidèle à ses valeurs. C’est pour lui le meilleur chemin pour s’adapter. Fidèle à ses idéaux de construction il doit savoir assumer les tâches d’un parti de gouvernement et être l’agent actif des mobilisations sociales face à la droite.
Il est l’outil indispensable, irremplaçable. Cultivé dans l’opposition, sous estimé au pouvoir, le PS doit être au centre des préoccupations de notre Congrès. Il ne doit pas être seulement l’instrument du pouvoir mais un outil permanent de la démocratie y compris et surtout lorsque l’on est au pouvoir. Il doit être un laboratoire social, un lieu de confrontations et de convergences des idées.
Le PS est fort lorsqu’il ouvert aux autres, à la société, à ses alliés. Il ne peut pas prétendre détenir à lui seul la réponse aux grandes questions de la société et du monde. Sa force tient à sa capacité à s’ouvrir en permanence sur l’extérieur. Son objectif est de fournir une synthèse de propositions et de gouvernement à des questions aussi diverses que l’éducation, le réchauffement climatique, la mondialisation, la santé, le travail.
Il doit être le lieu composite ou les hommes et les femmes, les jeunes et les anciens, les français de toutes les origines, de tous les talents et de tous les métiers, de toutes les singularités et de toutes les générosités se retrouvent. Il doit être un véritable reflet de la société française.
Voilà pourquoi la parité hommes / femmes et la diversité des origines de sa composition humaine sont une exigence politique et éthique, et la condition de son attractivité et de son succès.
Pour cela, il doit être renforcé, modernisé, respecté. Il doit constamment associer les citoyens à ses réflexions.
La démocratie participative valide le sérieux de notre enquête sociale. Elle conditionne le sérieux de nos propositions. Elle associe les citoyens qui seront demain les acteurs de nos programmes et les fait participer à leur destin. Elle contribue à abolir la frontière, bien souvent factice, entre les sachants et les obéissants. Elle confirme le socialisme et la démocratie dans leur rôle historique d’émancipation en restituant à chacun une part de pouvoir politique supplémentaire.
Le niveau culturel de nos concitoyens, la qualité d’expertise dont chacun dispose sur sa situation propre l’exige. La pertinence de nos propositions le commande.
Les consultations participatives seront organisées lors de réunions publiques ou de forums sur Internet. Afin d’associer le plus largement possible les militants aux décisions et orientations du parti, des consultations militantes référendaires seront organisées à l’initiative de la direction nationale ou d’un nombre déterminés de militants et de fédérations.
Les élus trouveront dans ce processus un appui décisif dans la conduite de leur mandat. Nos congrès ne seront plus regardés comme un seul jeu de pouvoirs où des ambitions concurrentes s’affrontent, mais comme l’aboutissement d’un processus auquel chacun aura été sous une forme ou sous une autre, associé. Les choix de personnes seront alors légitimés.
La démocratie participative est la meilleure alliée de la démocratie représentative. Elle est le meilleur des antidotes au populisme.
Nos congrès et conventions doivent pouvoir emprunter le même processus. Nous devons, là encore, inventer une nouvelle forme de lien entre le parti et la société. Celle-ci existe à travers des organismes vivants. Il faut leur donner la parole et s’obliger à leur répondre. Ainsi dans la phase de préparation de nos conventions et de nos congrès, un droit d’interpellation et d’amendement sera donné aux associations, syndicats et groupements. Leurs questions seront enregistrées et prises en compte par nos instances statutaires. Il devra leur être répondu et les réponses devront être motivées.
Ce droit de la société de participer à notre vie interne est d’autant plus essentielle dans les phases où le parti en charge de responsabilités gouvernementales est souvent invité à confondre soutien et mutisme, solidarité et allégeance. La société ne connaît pas ce dilemme. Voilà pourquoi son expression est indispensable.
De nouvelles formes de militantisme
Les adhérents sont la force du PS. Ils doivent être nombreux et respectés. Le montant de la cotisation ne doit pas être un obstacle à leur adhésion. L’activité des sections doit tenir compte de la diversité des rythmes de vie, des modes d’insertion et de travail des adhérents.
Les sections et fédérations du parti doivent offrir aux adhérents des espaces de débat politiques, des opportunités de mobilisation sociale, des outils de culture politique.
Les espaces de débat politique doivent pouvoir faire intervenir des organismes associés et des acteurs sociaux dans les débats de section et fédéraux. Une section est par définition un lieu ouvert, un agora dans la cité.
Le parti doit offrir des opportunités d’engagement aux militants au-delà des campagnes d’information ou électorales en liaison avec des associations humanitaires (restaurants coopératifs, boutiques de solidarité, réseaux d’aide aux sans logis, observatoire d’alerte environnementale, universités populaires, ateliers artistiques, permanences juridiques, réseaux d’assistance aux personnes âgées, clubs sportifs) .
Il doit redonner vigueur et importance à la formation et à la culture politique. Dans chaque département, ou au moins chaque région, une Université socialiste de la connaissance sera mise sur pied. Elle sera ouverte aux militants et sympathisants. Elle fonctionnera selon les méthodes de l’éducation populaire et donnera une formation exigeante sur toutes les grandes questions politiques nécessitant un savoir transversal. La Fondation Jean Jaurès et les groupes de réflexion amis seront mis à contribution pour ce travail. La production intellectuelle sera ainsi mise au coeur de la vie du parti.
Le respect des militants
Les décisions du parti devront être respectées. Être membre des instances du PS, ne donne pas que des droits, mais donne aussi des devoirs vis-à-vis du parti et de ses adhérents. Nul n'est interdit de s'exprimer tant qu'un vote n'est pas intervenu, mais dès lors qu'il y a eu débat et vote, il faut en être solidaire. Si ce n'est pas le cas, la démission de ses responsabilités dans ces instances doit devenir la règle.
De même, quand un élu socialiste s'engage dans une campagne électorale contre la position décidée, débattue et validée par les adhérents, alors la question du retrait de son investiture doit être posée. Ce que les militants donnent par un vote – une investiture, ils doivent pouvoir le reprendre dès lors que leur vote n'est pas respecté.
Si la parole est libre, toute critique blessante ou méprisante, contraire à l’honneur et à la considération dont doit bénéficier chacun (que ce soit à l’égard du parti ou de membres du parti) donnera lieu à une procédure de suspension des instances du parti. La direction en prendra l’initiative. La République du respect commence ici, chez nous et maintenant.
Les Français, nos électeurs, ne supportent plus la désinvolture avec laquelle les décisions du parti sont parfois niées voire entravées, a fortiori lorsqu’elles ont été prises à la suite d’un processus éminemment démocratique. Cette attitude porte directement atteinte à notre crédit moral dans l’opinion quant à notre capacité à gouverner.
Fédérer la gauche et attirer les démocrates
Il est parfaitement légitime que le congrès du PS débatte de sa stratégie d'alliances. C'est même l’une de ses fonctions les plus naturelles afin d’anticiper la question et être au clair. Ce que nous n'avons pas fait dans les
années 2004/2007, compte tenu de la division des socialistes.
Les alliances, c'est une question importante, bien qu'elle ne soit pas première: elle découle en effet du projet du PS, de sa force idéologique, politique, électorale. C'est aussi une question que l'on doit aborder avec franchise, en regardant les réalités en face, en évitant par exemple le double langage des alliances locales les plus diverses, combinées à un discours très fermé voire sectaire au plan national. Quels sont les principes que nous proposons ?
Premier principe : nous voulons, comme tous les socialistes, un parti socialiste puissant, plus puissant qu'aujourd'hui, La moyenne électorale du PS, ces 15 dernières années se situe entre 20 et 25 % des suffrages exprimés, sauf exception. Nous pensons que le Parti socialiste peut et doit faire mieux en se fixant comme objectif ambitieux de dépasser les 30 %, comme François Mitterrand nous en a montré la possibilité en 1986 et 1988.
Cela dépend de nous, de notre capacité à nous rassembler, à devenir le parti de toute la société française pour porter un discours clair et crédible. Cette puissance est le meilleur moyen d'aborder la question des alliances en position de force. Et tel est bien le sens de ce que nous proposons dans cette contribution, tant sur le fonctionnement du parti que sur le discours de fond que nous devons porter. La réflexion sur de nouvelles alliances se réfléchit en dynamique !
Deuxième principe : nous conserverons bien sûr la stratégie d’alliance née à Epinay. Elle consiste d’abord à rassembler la gauche, toute la gauche. C’est à partir de cette stratégie que nous ferons appel, lors des élections, à ceux qui se reconnaîtront dans notre projet et dans ce rassemblement de la gauche ouvert à tous ceux qui veulent offrir à la France des perspectives nouvelles.
Ce faisant nous saurons éviter l’opposition frontale d’une gauche dite antilibérale et d’une autre gauche qui risquerait d’apparaître comme une gauche sociale-libérale. Cela ouvrirait un boulevard à la gauche de la gauche. Ce n’est pas à nous de fermer la porte à quiconque. C’est à l’extrême gauche de se positionner sur des questions que nous devons poser sans craintes : « Est-ce que vous voulez battre la droite ? Comment fait-on pour changer la vie des Français ? ». Mais nous savons aussi que la seule union de la gauche ne permettrait pas vaincre la droite, c’est pourquoi nous en appellerons à tous ceux qui se reconnaîtront dans notre conception de la République et de la démocratie.
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