
5
REPENSER SANS TABOU
LA SECURITE SOCIALE POUR LA SAUVER
Faire de chacun l’acteur de sa santé
Considéré comme le plus performant du monde, le système de santé français est miné par l’étendue de ses déficits et par les inégalités qui se sont développées. L’hôpital public est lourdement pénalisé par le passage aux 35 heures, non suivi d’embauches complémentaires, ainsi que par les concurrences déloyales du secteur privé auxquelles il doit faire face.
Aujourd’hui, les catégories populaires ont une espérance de vie de dix ans inférieure à celle des catégories supérieures, en raison notamment des conditions de travail auxquelles elles sont exposées. Les inégalités territoriales prolongent et confortent ces inégalités sociales.
Avec les franchises médicales et bientôt d’autres déremboursements sur les affections de longue durée, la droite a mené une politique comptable contre l’assurance maladie, injuste et profondément inefficace. Sa politique sanitaire conduit aujourd’hui d’une part à la création de déserts sanitaires et de l’autre à des dépassements inconsidérés d’honoraires qui touchent les catégories populaires
On ne sauvera pas le système sans changer de philosophie. Il faut lutter contre les déficits en soignant mieux et en faisant de chacun le gardien efficace de sa propre santé ; il faut également lutter contre les abus en développant de nouvelles règles. La responsabilité doit être au coeur du pacte que les socialistes noueront avec les Français et les professions médicales. Le système de santé est un bien commun : il appartient donc à
chacun de le préserver et à l’État de contrôler la bonne utilisation de l’argent. La santé n’a pas de prix, mais elle a un coût : ayons le courage de trouver les moyens nécessaires à son efficience.
Nous proposons de :
- Organiser le sauvetage de l’hôpital public. L’hôpital public meurt d’asphyxie : nous devons lui redonner les moyens de bien fonctionner. Il a besoin d’infirmières, d’aides soignantes, de médecins et de nouveaux investissements. Il doit pouvoir s’appuyer sur un mode de tarification qui tienne compte des
missions d’intérêt général.
- Maîtriser le rythme des dépenses de soin en définissant précisément les droits et les obligations de chacun,
notamment des professions médicales.
Améliorer la qualité des soins sera le point de départ à une meilleure maîtrise financière du système. La qualité suppose en effet de redéfinir les pratiques des médecins ou leur formation. Aujourd’hui, le « coût » d’une opération de chirurgie peut varier du simple au double en fonction des techniques utilisées. Il faut des règles claires avec les professionnels et mettre enfin en place des règles de soins et de prescriptions, non pas négatives mais positives (majoration de tarifs). Des règles claires, un contrôle plus efficace : ces règles constitueront aussi un moyen intelligent et efficace de mieux maîtriser la dépense pharmaceutique.
Compte tenu du développement des maladies chroniques, le mode de rémunération à l’acte des médecins généralistes n’est plus adapté. Il est inflationniste. La médecine générale doit être rémunérée en fonction d’une prise en charge globale, tenant compte des actions de prévention.
- Mettre la prévention au coeur de notre politique en faisant de chacun le meilleur garant de sa santé. Nous devons passer d’un système de soin à un système de santé durable. Les maladies les plus courantes ont changé avec le progrès thérapeutique et le vieillissement de la population. Il faut désormais prendre en charge des maladies chroniques : le diabète ou l’hypertension doivent être soignés pendant 40 ou 50 ans.
Nous pensons que l’entretien et la vigilance sont les déterminants majeurs de la bonne santé. Il faut donner à chacun les moyens de prendre soin de son capital santé, ce qui doit s’apprendre dès l’école.
Par ailleurs, l’efficacité d’un traitement et son coût dépendent de la rapidité avec laquelle la maladie est diagnostiquée : plus le diagnostic est tardif, plus le traitement est lourd et onéreux. C’est vrai pour le cancer, c’est vrai aussi pour la maladie d’Alzheimer.
Les actions de prévention et de dépistages précoces sont donc essentielles. Les services médicaux les plus utiles (médecine du travail, médecine scolaire) doivent donc être mis au centre du système de santé alors qu’ils sont aujourd’hui marginalisés. Leur financement doit être assuré et leur légitimité affirmée. La médecine du travail, en particulier, doit être indépendante des milieux économiques.
Bâtir un système de retraite transparent, universel et personnalisé
Le plus grand progrès du XXè siècle - l’allongement spectaculaire de la durée de vie - est aussi aujourd’hui, le plus grand défi du XXIè siècle. C’est un défi politique. Et c’est un défi particulier pour les socialistes, car il est l’occasion d’affronter les fondamentaux du socialisme (solidarité, respect, humanisme, place de chacun dans la société) aux réalités nouvelles du XXIè siècle. La politique de l’âge est un champ d’innovation et de réinvention de nos valeurs fondamentales.
La révolution de l’âge, c’est aussi et bien sûr la question des retraites. Les socialistes ont le devoir de rappeler la vérité aux Français. C’est la droite qui, en allongeant la durée des cotisations, en diminuant le montant des pensions, a fait peser sur les catégories modestes le poids des déficits.
Le problème des retraites, c’est donc d’abord celui d’un retour de la pauvreté chez les personnes âgées. Alors que la droite avait promis une augmentation de 25 % du minimum vieillesse et des petites pensions, un
million de personnes âgées connaissent la pauvreté, à l’instar de la situation vécue dans les années 1960. Les six millions de petits retraités connaîtront, cette année, une baisse d’environ 3 % de leur pouvoir d’achat.
Nous pensons qu’une autre politique est possible en matière de financement des retraites : le déficit s’explique en partie par la multiplication des exonérations de cotisations sociales non compensées ou seulement partiellement. Il en est ainsi, par exemple, du dispositif mis en place sur les heures supplémentaires. Il faut y mettre fin.
Nous savons tous qu’il existe également des sources complémentaires de financement : fiscalité des stock-options, Fonds de réserve des retraites qui devrait être doté de 100 milliards d’euros en 2020 (soit 25 % du besoin de financement des régimes de base à cette échéance).
Il est donc indécent de demander encore et toujours aux salariés de travailler plus longtemps, alors même que les carrières sont de plus en plus courtes, que l’on entre de plus en plus tard sur le marché du travail et que le chômage des seniors est l’un des plus élevé d’Europe.
Mais l’enjeu, aujourd’hui, c’est peut-être d’abord que les Français se réapproprient le système de retraite par répartition, car ce système, c’est le leur. Beaucoup en ont assez de ne plus rien y comprendre car s’entremêlent des régimes de pensions multiples, des décotes et surcotes calculées au vu des fins de carrière, des rachats d’années d’études dans des conditions obscures, des avantages familiaux différents d’un régime à l’autre.
Nous proposons que la gauche fasse sienne le projet d’une évolution profonde de l’ensemble de nos régimes de retraite vers un système unifié inspiré de la réforme suédoise, dans lequel chaque cotisant dispose d’un compte personnel sur lequel il accumule ses cotisations tout au long de sa vie active, de façon à déterminer le montant de sa pension au moment où il choisit de partir en retraite.
À l’arrivée, les caractéristiques du système sont les suivantes :
- Le système reste par répartition et les cotisations des salariés financent les pensions courantes. Dans lemême temps, le compte individuel de chaque travailleur mesure en euros les droits à pension sur le long terme. Un lien clair et direct est établi entre contributions des travailleurs et droits à pension.
- Au terme de sa vie active, chaque travailleur a accumulé un patrimoine retraite, revalorisé tout au long de la vie, qui lui donne droit au versement d’une pension mensuelle calculée en fonction de l’espérance de vie moyenne de sa classe d’âge. Le critère de la pénibilité des tâches doit être pris en compte dans ce calcul.
- Les salariés les plus modestes sont avantagés dans un tel système, puisque les carrières longues permettent
d’accumuler un patrimoine plus important. La prise en compte de toutes les années de cotisations permet aussi d’éviter que les travailleurs à carrière longue subventionnent de fait ceux qui ont eu une carrière
plus courte mais de fortes revalorisations salariales en fin de carrière.
- Avec ce système, fondé sur un principe simple d’équité et de transparence (« à cotisations égales, retraites égales »), la retraite devient enfin le patrimoine de ceux qui n’ont pas de patrimoine.
Quand les individus changent de statut, ils ne perdent rien.
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
--
-
-
-
-
-
-
-
-
-
--
-
-
-
-
-
-
-
-
-
--
-
-
-
-
-
-
-
-
-